Nichée à quelques encablures de la mer, l’abbaye de Longues se dresse comme un témoin intemporel de l’histoire normande. Fondée au douzième siècle, elle revit aujourd’hui grâce à la passion et à l’engagement de Jérôme et Isabelle d’Anglejan, qui continuent un projet familial entamé au début des années soixante.

Propriétaires et gestionnaires de cette abbaye chargée d’histoire, ils s’attachent à en préserver l’âme tout en lui insufflant une dynamique contemporaine.

Entre restauration, ouverture au public et transmission familiale, ils souhaitent préserver un lieu qui est d’abord une maison de famille et en même temps, un patrimoine qui ne leur appartient pas et qu’ils veulent partager, une ligne de crête qui est leur parti pris depuis 2012.

 

À travers cette interview, ils nous livrent l’histoire de cette abbaye et de sa restauration. Ils nous partagent leurs projets, leurs défis.

 

Cet article est un extrait de l’interview publiée dans le hors-série Castellissim n°1. Abonnez-vous au magazine en cliquant ici. Abonnement annuel : 32€/an (papier ou 25€/an (digital)) frais d’envoi (Europe) offerts.

Huit siècles d’histoire et de renaissance

Fondée en 1168, l’abbaye Sainte-Marie de Longues-sur-Mer est l’une des filles de l’abbaye de Hambye, héritière de l’esprit réformateur de saint Bernard de Tiron. Son destin bascule en 1516, lorsqu’elle tombe in commendam : les abbés, nommés par le roi, privilégient leurs revenus au détriment de la communauté. L’abbaye décline progressivement jusqu’à sa fermeture en 1782, puis sa vente comme bien national à la Révolution.

Au fil des siècles, les bâtiments servent de carrière de pierre et changent une douzaine de fois de propriétaire. Le projet de démontage du marquis de la Fressange, en 1913, est heureusement interrompu grâce au classement Monument Historique en 1915. Dans les années 1930, l’Américain Charles Dewey, membre du congrès de l’Illinois, rachète le site et entreprend des restaurations, interrompues par la Seconde Guerre mondiale. Très attaché au village, il contribue ensuite à son développement et devient avec son épouse Suzette citoyen d’honneur.

En 1964, Charles Dewey cède l’abbaye à la famille d’Anglejan, séduite par son charme et décidée à la restaurer. Depuis, l’abbaye est demeurée une maison de famille, entretenue avec passion. Depuis 2012, la nouvelle génération poursuit l’œuvre de sauvegarde et de mise en valeur, afin de préserver ce lieu exceptionnel pour l’avenir.

 

 

Longues normandie
Abbaye de Longues Calvados

 

 

L’abbaye de Longues, une abbaye vivante, entre patrimoine et hospitalité

 

Afin d’assurer la préservation du site tout en partageant son histoire avec un public toujours plus intéressé, nous avons développé plusieurs activités, alliant hébergement, visites et événements culturels.

Des séjours

L’abbaye nécessitait cependant de nouveaux moyens pour assurer son entretien et en financer les charges fixes. C’est ainsi que nous avons créé un gîte pouvant accueillir jusqu’à dix personnes, une initiative indispensable pour la préservation du site. Celui-ci séduit une clientèle majoritairement internationale.

Américains, Belges et Britanniques viennent y séjourner, souvent après avoir exploré les plages du débarquement toutes proches, l’abbaye n’étant située qu’à deux kilomètres de la mer. Depuis 2013, deux familles américaines nous font l’honneur de revenir chaque année pour plusieurs semaines, tissant au fil du temps un lien d’amitié indéfectible. Leur attachement au lieu s’est illustré de façon touchante durant la période du Covid. L’une de ces familles, contrainte d’annuler son séjour, nous a proposé une palette de différents logos réalisés par un designer professionnel en guise de témoignage d’amitié, le choix final ayant été voté et validé par nos cinq enfants.

 

Des visites

L’abbaye est également ouverte à la visite, une tradition instaurée dès son acquisition par mes parents.

Toutefois, depuis 2018, nous avons élargi les horaires d’ouverture à la période juin-septembre, avec une pause familiale du 11 au 31 août. Le public a ainsi le choix entre une visite libre, appuyée par un dépliant explicatif, et une visite VIP, personnalisée, commentée par nos soins et réservée aux groupes. Ce dernier format, particulièrement prisé par les visiteurs américains, permet une immersion plus approfondie dans l’histoire du site et de sa restauration. Chaque année, entre deux mille et trois mille visiteurs franchissent les portes de l’abbaye, accueillis par des stagiaires que nous formons à cet exercice et qui sont hébergés sur place. Ces chiffres doublent tous les cinq ans, lors des années anniversaire du débarquement.

 

Des événements

Par ailleurs, l’abbaye peut être louée pour des séminaires ou pour la célébration d’événements familiaux. Toutefois, nous « filtrons » les demandes, souhaitant nous assurer du respect du patrimoine et des motivations des clients potentiels.

 

Une vision claire

Notre volonté de faire rayonner l’abbaye ne s’arrête pas là. Nous organisons régulièrement des concerts, des conférences et des expositions, offrant ainsi au public une approche culturelle complémentaire et permettant de valoriser l’abbaye sous un angle différent.

 

L’ensemble de ces activités vise un double objectif : générer des revenus destinés à couvrir les charges d’entretien et de préservation du site, tout en veillant à maintenir un équilibre entre notre vie privée et notre engagement patrimonial. Ainsi, l’abbaye de Longues ferme ses portes du 11 au 31 août, période que nous consacrons exclusivement à notre famille.

 

Longues calvados
Abbaye Longues Normandie

Une restauration d’envergure grâce au Loto du Patrimoine

 

Avant de candidater au Loto du Patrimoine, nous avions déjà participé à plusieurs concours et prix de sauvegarde, notamment celui des VMF (Vieilles Maisons Françaises) en 2016. Cependant, c’est à l’initiative du ministère de la Culture, via la DRAC de Normandie (Direction Régionale des Affaires Culturelles), que nous avons été sollicités pour envisager la restauration de l’église. À cette époque, seuls les deux pignons subsistaient, la nef ayant disparu. La structure du bâtiment, fermé au public, menaçait de s’effondrer et présentait un réel danger en raison des risques de chutes de pierres et d’effondrement. Conscients de l’ampleur du défi, nous nous étions fixé, dès 2012, un objectif à long terme : tenter de réunir les fonds nécessaires pour restaurer le chœur de l’église dans un horizon de vingt-cinq ans.

 

Dès janvier 2019, nous avons constitué un dossier solide avec le concours de l’architecte que nous avions choisi auparavant, Christophe Daumas, et qui avait, quelques années plus tôt, réalisé un « diagnostic architectural » sur les conseils de la DRAC. Des entreprises normandes avaient été sélectionnées par nos soins dans trois corps de métiers : taille de pierres, charpente, couverture pour un budget d’origine de sept cent quarante-sept mille euros.

Nous avons appris la sélection de l’abbaye dans la presse le dimanche 10 mars 2019, quelques minutes après que les cloches du village aient sonné l’angélus de 7h00 du matin. Nous ne sommes pas prêts d’oublier cette journée !

Découvrez le chantier, les rebondissements et découvertes inestimables, de l’église et de l’hôtellerie dans l’interview publiée dans le magazine.

 

Quels lieux nous conseilleriez-vous de découvrir dans votre région ?

 

L’abbaye bénéficie d’un cadre exceptionnel, à quelques centaines de mètres seulement du littoral normand. Parmi les lieux emblématiques à explorer, nous vous recommandons vivement Port-en-Bessin-Huppain, un port de pêche animé situé à cinq kilomètres d’ici, ainsi qu’Arromanches-les-Bains, célèbre pour son rôle lors du débarquement et son port artificiel.

La ville médiévale de Bayeux, épargnée par les bombardements, mérite également une visite, notamment pour sa célèbre tapisserie inscrite au registre « Mémoire du Monde » par l’UNESCO et sa majestueuse cathédrale.

Découvrez également l’église Saint Michel de Ryes, située à six kilomètres, l’abbaye Saint Martin de Mondaye, à vingt kilomètres, le château de Brécy et ses magnifiques jardins à la française ou le prieuré Saint Gabriel (ancien monastère bénédictin). Ces deux monuments privés sont situés à Saint-Gabriel-Brécy.

Notre région attire également de plus en plus d’amateurs de cyclotourisme. Le département du Calvados développe activement un réseau de pistes cyclables. Certaines passent par des lieux chargés d’histoire, dont des cimetières militaires américains, anglais, canadiens et aussi… par l’abbaye !

 

Dans l’interview complète (11 pages dans le magazine), vous découvrirez de nombreuses photos et, notamment, les projets et défis de Jérôme et Isabelle d’Anglejan, comment les nouvelles technologies offrent de nouvelles perspectives, le chantier titanesque et l’histoire de l’abbaye de Longues. Hôpital de campagne, marche militaire et gestion d’un monument religieux sont également abordés dans cet hors-série Castellissim, dédié aux monuments religieux.

Nous remercions Jérôme et Isabelle d’Anglejan et leurs souhaitons des projets passionnants dans leur maison de famille. Découvrez l’abbaye (www.abbayedelongues.fr) et son actualité sur les réseaux sociaux (LinkedIn, Instagram, Facebook, YouTube).

Cet article est un extrait de l’interview publiée dans le hors-série Castellissim n°1. Abonnez-vous au magazine en cliquant ici. Abonnement annuel : 32€/an (papier ou 25€/an (digital)) frais d’envoi (Europe) offerts.

 

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